La Nuit Des Princes Charmants – Michel Tremblay

Jeune Montréalais âgé de dix-huit ans, Jean-Marc, le narrateur n’assume pour le moment son homosexualité que dans sa tête. Il préfère rêver sa vie pour garder ses illusions intactes plutôt que de les confronter à la réalité et de risquer de les voir voler en éclats.

Un soir pourtant, redoutant, à force de repousser sans cesse la réalité, de ne jamais pouvoir y faire face et d’être condamné à la fuir, il se décide à franchir le pas. Après une soirée à l’opéra, sa grande passion, il met tout en œuvre – même si c’est souvent maladroitement – pour perdre sa virginité.

Michel Tremblay - La Nuit Des Princes Charmants

La Nuit Des Princes Charmants – Michel Tremblay

Avec son jeune héros, Michel Tremblay nous entraîne dans le Montréal nocturne des années 1960. Une époque où l’homosexualité constituait toujours au Canada un acte punissable pénalement et où les homosexuels étaient contraints de vivre dans la clandestinité et dans la crainte du regard que pourraient porter sur eux les autres, et en premier lieu leurs proches, pour ce « crime ».

C’est avec amusement que l’on suit les tentatives maladroites du narrateur pour tenter de trouver le « prince charmant » au cours de cette nuit mêlée de folie, de transgressions, de remords. Sa naïveté et son inexpérience ne l’empêchent en effet pas, par des apartés souvent jubilatoires mélangeant le français et le joual (un parler québécois populaire), de se montrer aussi lucide qu’impitoyable envers ses propres comportements comme envers ceux des autres.

Cet amusement se teinte d’émotion lorsque l’on sent le narrateur tiraillé, perdu, voulant tout à la fois s’accomplir dans ce qu’il sait qu’il est, pour, comme il le dit lui-même, devenir un homme et rentrer chez lui comme l’enfant qu’il n’a pas encore tout à fait cessé d’être, pour se blottir auprès de sa mère, qui ne sait rien de ses goûts, et s’abrutir de gâteau au chocolat dans le divan…

Sa mère, justement, qu’il présente comme une vieille enquiquineuse pudibonde et étroite d’esprit, prompte aux lamentations et aux reproches mais qui, au lendemain de la nuit initiatique de son fils, lui fera pudiquement comprendre, au travers de la porte de la salle de bain, qu’elle sait et que cela n’empêche pas qu’il reste son enfant.

Un bouquin drôle et tendre à la fois, dans un français parsemé d’argot québécois souvent cru et très direct mais amusant et dont la conclusion, que je viens d’évoquer, émeut parce qu’elle touche à la fois à cette différence encore trop souvent difficile à vivre qu’est l’homosexualité et à ces rapports éternellement compliqués et simples que sont ceux qui unissent une mère et son enfant.

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