Du Côté D’Ostende – Jacqueline Harpman

Jacqueline Harpman aimait, de son propre aveu, la langue pure des XVIIIe et XIXe siècle. Publié en 2006, Du Côté D’Ostende est un roman d’un classicisme intemporel, qui met en scène des personnages  semblant appartenir à une autre époque que la leur et qui témoigne de cet amour de l’écrivain pour la langue française.

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Du Côté D’Ostende – Jacqueline Harpman

Au lendemain du décès de son amie Emilienne, Henri Chaumont, le narrateur, lui-même au soir de sa vie, tente d’en dresser le bilan. Célibataire endurci, ayant vécu entouré de multiples femmes, Henri est resté toute sa vie prisonnier de son goût, qu’il ne voulait pas ébruiter, pour les personnes de son sexe.

Parfois cynique, souvent désinvolte, toujours raffiné et disponible, Henri n’est jamais sorti du personnage qu’il avait choisi de jouer pour dissimuler ses pulsions et qui tenait autant du dandy que du chevalier servant. N’a-t-il pas pu, n’a-t-il pas voulu sortir de ce rôle ? S’y complaisait-il ? La question n’est pas posée telle quelle, mais le regard sévère que porte Henri sur ce qu’il a fait – ou plutôt n’a pas fait – de sa vie la laisse transparaître en filigrane d’un bout à l’autre de son récit.

Attaché plus que tout aux règles de bienséance du monde auquel il appartient, Henri ne peut s’empêcher de se juger durement alors qu’il n’a fait que céder, tout en prenant grand soin à leur dissimulation, à des penchants auxquels il ne peut être demandé à personne de résister. Ce n’est pas alors la seule langue des XVIIIe et XIXe siècle que l’on retrouve au travers du roman, mais également le poids des convenances de l’époque, qui, même transposées au XXe siècle, enserrent le narrateur dans le même carcan que s’il avait vécu cent ou deux cents ans plus tôt.

Quoi qu’en dise la quatrième de couverture, le roman de Jacqueline Harpman n’est nullement immoral. Il met en scène, avec l’élégance d’un monde qui n’est plus, la difficulté qu’il peut y avoir à concilier ce que l’on est avec ce que l’on voudrait être ou ce que l’on pense que l’on devrait être. Une difficulté qu’Henri n’a pas réussi à surmonter et qui, constate-t-on avec quelque tristesse en refermant le livre, explique ce jugement sévère, ce sentiment d’échec qu’il porte envers lui-même.

J’ai trouvé Du Côté D’Ostende sinon cruel, du moins teinté d’amertume. Une amertume dépassant l’horizon du seul Henri, les autres protagonistes du roman, bien que n’ayant pas les mêmes penchants que lui, semblant n’avoir pas plus réussi à être satisfaits de leur vie au moment de la quitter. Mais une amertume douce, sans agressivité, comme recouverte, grâce à la plume de Jacqueline Harpman, d’un indicible voile de délicatesse.

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