Le Vieux Qui Lisait Des Romans D’Amour – Luis Sepulveda

Luis Sepulveda est mort cette année, le 16 avril, des suites du COVID-19.

Ecrit en 1992, Le Vieux Qui Lisait Des Romans D’Amour est son premier roman. Un roman très court, un peu plus de cent pages, mais qui témoigne déjà de l’engagement politique et écologiste de l’auteur chilien et de ses convictions, profondément humanistes.

Le Vieux Qui Lisait Des Romans D’Amour – Luis Sepulveda

Antonio Jose Bolivar Proano vit à El Idilio, un hameau de quelques maisons perdu en plein cœur de la forêt amazonienne. L’endroit, contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, n’a rien d’idyllique. La terre est aride, la chaleur accablante et les autorités, représentées par le maire, que tous surnomment la Limace, ne font rien pour soulager la misère des habitants.

Antonio, pourtant, n’est pas malheureux. Il possède en effet l’antidote contre le redoutable venin de la vieillesse. Il sait lire. Et il lit des romans d’amours, que lui apporte deux fois par an le Docteur Rubincondo Loachamin, lors de ses consultations à El Idilio.

Un jour pourtant, un événement vient troubler la quiétude et les lectures d’Antonio. Le corps lacéré d’un homme blanc est découvert à quelques encablures d’El Idilio. Il n’en faut pas plus à la Limace pour accuser de ce crime le peuple des Shuars, qui vit dans la forêt. Ce qu’Antonio, qui a vécu parmi eux après avoir perdu sa femme Dolores, ne peut accepter. Ce ne sont pas les Shuars qui ont tué l’homme blanc, mais une femelle panthère, rendue folle furieuse après que le gringo a massacré ses petits pour leurs peaux.

L’auteur, Luis Sepulveda

Les villageois, parmi lesquels Antonio, se lancent sur les traces de la panthère, qui menace la paix du village. Une traque éprouvante, dans l’enfer vert, qui se terminera en duel entre l’animal et le vieil homme qui lisait des romans d’amour.

Le premier roman de Luis Sepulveda a des allures de fable. La traque de la panthère lui permet de raconter la vie du vieil Antonio depuis son mariage avec Dolores. Leur tentative d’échapper à la misère en allant cultiver des terres inhospitalières mises à leur disposition par le gouvernement. Leur solitude dans les montagnes. L’absence d’enfant. La maladie et la mort de Dolores. La vie d’Antonio parmi le peuple Shuar. Son retour au village. Sa découverte de la lecture et des romans d’amour.

Souvent, l’écriture de Sepulveda oscille entre humour et émotion. D’un côté comme de l’autre pourtant, son humanisme transparaît. Le Vieux Qui Lisait Des Romans D’Amour résume tous les engagements de Luis Sepulveda. On y découvre d’abord son opposition aux autorités, tout d’abord, qui ne se soucient guère du peuple sinon pour mettre en scène l’un ou l’autre simulacre de démocratie. Dans les années ’70, cette opposition valut d’ailleurs à Sepulveda d’être emprisonné sous la dictature de Pinochet.

Viennent ensuite ses préoccupations écologistes. Il fustige la pression sas cesse accrue que les hommes exercent sur leur environnement, évoquant notamment la seule chose qu’ils sont capables de créer de nos jours : le désert. Il déplore leur incapacité à laisser ceux qui le veulent vivre en harmonie avec la nature, loin de la folie destructrice de la – bien mal nommé – civilisation.

Il condamne également la cupidité des hommes, à l’origine de bien des maux, ainsi que leur lâcheté, leur veulerie, incarnées dans le roman par cette caricature d’autorité qu’est le maire d’El Idilio.

La quatrième de couverture de l’édition Pocket

Luis Sepulveda ne retire pour autant pas toute sa confiance à l’homme. Par le portrait émouvant qu’il brosse d’Antonio, par celui, plus humoristique mais aussi teinté d’humanité du dentiste, par sa description du peuple Shuar, il montre qu’une autre façon de vivre est possible, où chacun pourrait s’épanouir sans devoir pour cela écraser l’autre ni la nature.

Le Vieux Qui Lisait Des Romans D’Amour est un court roman teinté de mélancolie et de tristesse, mais aussi d’espoir et de beauté.

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